Tuesday, September 14, 2010

Rapport de la dernière ronde de la VRRA - North Bay Runway Romp

Un weekend couronné de succès pour les Déficients à North Bay. En fait, la moitié de l'équipe était absente, pour diverses raisons, mais Racerdude, Maxpat et moi étions au rendez-vous.

North Bay étant la dernière épreuve du championnat de la VRRA, c'était l'heure des règlements de comptes. Plusieurs batailles s'étant amorcées à Shannonville en juin dernier trouveraient leur dénouement et le Runway Romp est sans contredit le test ultime de dévouement des participants.

Après six heures et demie de route à deux voies cahoteuse, nous sommes arrivés vendredi soir et après avoir déchargé la roulotte de Dominic, avons marché la piste. Dominic avait hâte de me voir la face quand j'allais constater l'état de la chaussée. Ce que j'ai vu a failli me faire décrocher la mâchoire... Imaginez une surface constituée de 4 sortes de revêtements, de joints d'expansion prononcés avec de l'herbe qui pousse entre les craques, des bosses dignes des rangs les plus reculés du fond du Québec et vous approchez de la réalité. Ajoutez un tracé très serré avec trois zones de freinage extrêmes et vous retrouverez le circuit le plus physiquement intense qu'on puisse imaginer. À bien y penser, c'est probablement pourquoi les Déficients, ayant grandi sur les belles routes du Québec ont si bien performé !

Ma première séance de pratique du samedi s'est déroulée sous le soleil et des températures fraîches mais agréables. Ces quelques tours m'ont permis de m'acclimater à ces nouvelles conditions. Toutefois, rien n'inspire à la confiance : 21 des 81 pilotes inscrits ont embrassé le tarmac pendant la seule journée de samedi, de quoi occuper le Doc Walker à temps plein ! Malgré l'hécatombe, je réussis à prendre de la confiance et à composer avec les conditions difficiles et suis fin prêt pour la course de qualifs de l'après-midi. De son côté, Pat constate que la suspension a peut-être souffert un peu de sa chute à Mosport et que son RS125 est encore plus dur qu'à l'habitude, ce qui serait particulièrement néfaste à ses performances sur un tel circuit. Je ne réussit toutefois pas à le suivre le matin en pratique, ce qui commence à m'inquiéter pour mon championnat. Comme je vous l'expliquait plus haut, Pat et moi étions à 2 points d'écart pour la 3e position au championnat P4F3.

La heat race de l'après-midi était importante au niveau psychologique et allait donner le ton du reste du week-end. Dom et Jamie Barkley partent comme des boulets de canon avec leurs gros twins et mon départ est moyen mais je suis nez à nez avec Patrick au freinage pour le virage 1, mais Steve Humpfrey, partant de la seconde ligne a connu un départ incroyable et vient lui aussi me montrer la roue. Toutefois, j'ai la ligne intérieure, ayant démarré de la 3e position et en freinant profondément dans le grand virage à droite, je réussis à garder l'avantage mais Pat sort fortement du virage et nous restons côte à côte jusqu'à la chicane où je dois encore une fois freiner comme un porc pour m'insérer devant lui dans cette section très serrée du circuit, gardant le levier de freins enfoncé jusqu'au milieu de la chicane, malgré les chocs violents qu'entraînent les grosses bosses dans l'asphalte. Pat me laisse alors la voie libre, probablement secoué et voulant peut-être sauvegarder sa possible progéniture... Je m'affaire donc à rouler à bon rythme pour me faire passer par un vieux rival, ce cher Brian Henderson (voir mon rapport de Shannonville) qui revenait contester mon actuelle 3e position avec son bon vieux maudit RZ400. Fidèle à son habitude, il me dépasse en passant très près, me frôlant même le coude, ce qui aurait probablement dû m'effrayer mais pour je ne sais quelle raison, a eu l'effet contraire : me faire voir rouge. Je l'ai donc pris en chasse, le suivant à quelques mètres près pendant deux tours en préparant mon setup. Tout à coup, comme je suis à quelques poils de sa roue arrière, je vois qu'il ne sort pas de la chicane et je dois l'éviter de justesse pour ne pas m'encastrer dans son arrière-train. Me revoilà enfin en 3e position et j'ignore où est Patrick, donc je garde mon rythme pour ne pas prendre de chance. Je commence même à voir le Ninja de Barkley au loin et m'en rapproche tranquillement, son rythme ayant baissé dramatiquement. La course est toutefois courte et le drapeau à damier sort après 6 tours pour me voir en 3e position avec à 9 secondes derrière moi.

La soirée est passé sur un bateau de croisière sur le magnifique lac Nipissing, le tout très bien organisé par le comité organisateur de North Bay, à qui je lève mon chapeau, d'ailleurs. Malgré ce décor enchanteur, je ne cesse de penser aux courses de demain qui s'annoncent difficiles parce que la pluie va venir corser les conditions déjà difficiles. Dom et Pat ont pas mal d'expérience sous la pluie et moi je n'ai que fait trois tours à Shannonville avec mes pneus de pluie, ce qui m'inquiète beaucoup... Mon ami Steve Hoffarth (#747) réussit quand même à me divertir lors d'une conversation que nous avons eu avec des spectatrices lors de la croisière :

-Spectatrice : "How fast are you going on this track ?"
-Steve : "About three hundred and fifty...
(longue pause)
-Steve : "... miles per hour."
-Spectatrice remplie d'admiration : "WOW !"
-Nous tous :
Ce cher Steve allait d'ailleurs découvrir les meilleurs coins de North Bay avec cette légion d'admiratrices pour revenir à la piste aux petites heures du matin et se heurter à une barrière fermée à clé... il à du grimper par dessus la clôture pour aller se coucher ! Ses résultats du lendemain allaient d'ailleurs en souffrir, supposément parce que son ZX-7 était barré en 2e vitesse tout le long de la course...

Comme je suis sagement couché dans la roulotte de Dominic depuis 23h, c'est avec appréhension que j'ai entendu la pluie tomber sur le toit et j'étais terrifié à l'idée de devoir me battre contre Pat sous la pluie, puisque ses talents de pilote et son RS pourraient alors combler mon avantage de torque et de suspensions.

Dès notre réveil, toute l'équipe s'est mise en branle pour installer les pneus de pluie en préparation des pratiques. De plus, vu le nombre élevé de chutes du samedi, les organisateurs ont décidé d'éliminer l'épingle au bout du long droit, un endroit particulièrement fatal à cause du revêtement glissant.

Avant d'embarquer en piste, je me suis rappelé les paroles du représentant Bridgestone l'an dernier qui me disais que je pouvais freiner presque à 100% avec ces pneus de pluie. Plus facile à dire qu'à faire, ouais... Je tente malgré tout de tester très progressivement cette théorie. Incroyable ! Il disait vrai ! Le FZR est très stable au freinage et les pneus de pluie me donnent une confiance inespérée.

La pluie cesse après les pratiques et les courses débutent. Les motos et le vent frais sèchent lentement une ligne de course sur la piste et l'éternel débat se présente encore : rains ou slicks ?!? Je me dis que je me fous de détruire mes rains, l'enjeu étant trop important. Mais si la piste est sèche, les 10 tours de freinages intenses risquent de rendre les pneus huileux et ainsi me faire ralentir considérablement. Comme de raison, alors qu'il ne reste que 10 minutes avant la course, je jase avec Dominic et je lui dis : "Plus je regarde la piste, plus je pense que je devrais remettre mes slicks !" Il me réponds alors : "Mange de la marde !!!". Alors, comme des poules sans têtes, on court littéralement vers les puits pour changer nos roues. Le tension est à son paroxysme. Je fais de grands signes à Virginie qui est à l'autre bout de la piste pour qu'elle vienne m'aider, ce qu'elle s'empresse de faire. Toute l'équipe est en action, et l'équipe de télévision se dépêche même pour venir filmer ce drame digne des meilleures séries de télé-réalité. Pendant que je termine de revisser mes étriers de freins en place, j'explique à l'animatrice de Biker.tv que "We still don't know if slicks are the right choice, but we're all doing it, so if it starts raining again, we're all going down together." avec un rire un peu inquiet. Ce choix s'est avéré le bon, la pluie ayant décidé d'attendre la pause du midi pour revenir.

La finale P4F3 a donc commencé dans des conditions presque sèches, ce qui me redonnait confiance face à Pat et la course a été semblable à la qualif, sauf qu'Henderson n'était plus un problème, partant de la dernière ligne. Un accident grave s'est déroulé dans la chicane et à causé un drapeau rouge. Comme nous avions franchi la mi-course, les positions au dernier tour allaient déterminer les positions finales et j'étais donc bel et bien 3e, devant Patrick. J'aurais aimé une fin plus dramatique et pouvoir brandir mon poing victorieux à la ligne d'arrivée, mais le sort en avait décidé autrement. J'avais maintenant atteint mon objectif d'être troisième au championnat, mais sans tambour ni trompettes. Peut-être en est-il mieux ainsi puisque Henderson était très près de Patrick et comme il m'a dit pendant que nous étions arrêtés sur le bord de la piste : "You were in my sights." d'un ton narquois. Et moi de rétorquer "Yeah, your sights were on my ass " avec un éclat de rire et un sourire moqueur. Ça demeure tout de même une victoire aigre-douce, puisqu'il est clair que les conditions étaient difficiles pour Pat, mais comme disent les vieux coureurs "That's racing." une phrase simpliste mais qui prends tout son sens ici. Bravo à Pat pour avoir réussi à rouler à ce rythme avec 1 demi-pouce de jeu de suspension !

La pluie a recommencé quelques minutes après la course et il ne faisait aucun doute que la piste serait détrempée pour la course du Vintage Challenge de l'après-midi. Tout le monde a alors ré-installé les pneus de pluie et je sentais que Pat allait être de retour pour sa vengeance.

Au départ du Vintage Challenge, je suis 5e sur la 2e ligne et Pat est 6e. La pluie froide tombe sur nos visières embuées et commence déjà à transpercer nos cuirs perforés. Quand il vient se placer en position à ma gauche, j'entends dans ma tête le sifflement classique de la trame sonore d'Ennio Morricone dans le vieux Western Spaghetti "Il était une fois dans l'ouest". Un simple regard vers mon adversaire, un plissement des yeux, c'était un duel dans son expression la plus pure et j'allais en savourer chaque instant, en oubliant ainsi le froid, la pluie et surtout, la peur.

Le départ est lancé et je réussis à garder Pat à l'écart encore une fois, mais nous réussissons tous deux à dépasser tous ceux qui sont sur la première ligne à l'exception de Dom, dont Hoffarth et Barkley, des pilotes sur avec de gros moteurs, habituellement beaucoup plus rapides que moi. Je me suis alors dit "Wow, c'était trop facile !" Je suis encore coude à coude avec Pat à l'arrivée de la chicane et je prends les devants. Je n'arrive pas à croire que je suis deuxième et je me mets à penser à Virginie qui doit capoter dans les puits. Cette fraction de seconde d'inattention me fait perdre un peu de mon rythme et Pat en profite pour me faire un intérieur bien mérité. Je dois me ressaisir parce que Pat est un pilote très efficace et ses lignes fluides le servent bien. J'ai de la misère à contrôler mon agressivité et je fais quelques erreurs qui me coûtent de précieux dixièmes de secondes. Je sais que je suis plus efficace au freinage et je tente de maximiser cet avantage, surtout dans le virage un, mais je suis constamment trop large et doit le rattraper dans les sections plus serrées, étant toutefois trop loin pour tenter un dépassement. Je fais souvent glisser l'arrière train du FZR en rétrogradant et m'amuse même un peu ainsi. Un des ces freinages tardifs m'a d'ailleurs valu le commentaire suivant de la part du célèbre annonceur Frank Wood : "WOW A big slide by Cartier #242 ! That must have been the slide of his life !" Je finis enfin par retrouver ma tête au dernier tour en prenant le virage 1 en arrêtant de freiner comme un imbécile et en me concentrant pour avoir une belle ligne, ce qui me donne un résultat immédiat : je gagne plusieurs mètres sur mon adversaire et je suis maintenant en position de l'attaquer... mais il ne me reste que quelques secondes pour le faire. Pat termine son tour d'une main de maître et je ne suis pas capable d'essayer quoique ce soit, bien que je le suive de très près. Le drapeau à damier est agité et le week-end se termine avec un podium rempli de Déficients ! J'apprends même que mon dernier tour a été le plus rapide de tous ! C'est mon premier fastest lap et j'en suis particulièrement fier, surtout pour une première course sous la pluie, en plus contre Dominic qui est particulièrement efficace quand c'est mouillé.

Les cieux se sont ouverts pour révéler un soleil radieux, juste en temps pour la cérémonie de remise des prix et je dois avouer que c'est avec les yeux mouillés que j'ai accepté ma première médaille de la VRRA, aux côtés de Dom sur le podium !

J'ai très hâte de recevoir ma plaque commémorative pour ma 3e place au championnat lors de l'Assemblée générale qui aura lieu en novembre. Je ne suis pas le meilleur pilote en P4F3, ni même le 3e meilleur, c'est clair dans ma tête. Mais avec de la persévérance et pas mal de chance, on peut obtenir de bons résultats. Encore faut-il être là pour saisir l'occasion quand elle se présente

Je tiens à féliciter Dom pour son championnat P4F3 et à le remercier de m'avoir fait embarquer dans une autre de ces aventures sur deux roues. Ensemble, on a fait pas mal de bêtises sur deux roues au cours des années et j'espère qu'on va continuer à le faire encore pour plusieurs années, en compagnie de notre bande de Déficients ! Merci aussi à Virginie qui me supporte dans ces histoires de gars et dont l'aide à changer mes pneus dimanche matin a été cruciale à mon succès Félicitations à Pat pour sa 2e position au Challenge alors qu'il était clairement désavantagé, j'en ai beaucoup appris en te suivant !

Dans le virage 9 pendant les pratiques



La bataille contre Brian Henderson #93 lors de la Heat Race


Il faut changer les pneus pour des slicks ! RUSH !


Le podium en compagnie de Dominic et de Don Gosen, un membre de l'Exécutif de la VRRA

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